Après une guerre silencieuse de près d’une génération, Nintendo vient de remporter une bataille judiciaire capitale contre une société française sur les brevets de la Wii. Mais l’affaire n’a pas encore livré son dernier rebondissement.
L’affrontement juridique entre Nintendo et une entreprise française sur les accessoires Wii remonte à 2010. Ce combat de titan, presque oublié du grand public, a ressurgi récemment avec une décision retentissante en Allemagne. Après des années de procédures et d’appels, Nintendo récupère enfin ce qu’elle estime lui être dû.
Une bataille judiciaire interminable
L’affaire démarre en 2010, lorsque Nintendo attaque BigBen Interactive, un fabricant français d’accessoires pour consoles, désormais connu sous le nom de Nacon. En cause : des copies jugées illégales des manettes Wii, accusées d’enfreindre plusieurs brevets technologiques de Nintendo. La firme japonaise reproche notamment l’utilisation non autorisée de la caméra infrarouge, du capteur d’accélération et des courbes ergonomiques protégées de la Wiimote.
Les tribunaux allemands donnent raison à Nintendo
C’est en Allemagne que tout s’est joué. En 2011, un tribunal de Mannheim reconnaît l’infraction des brevets. En 2017, le tribunal supérieur de Karlsruhe confirme cette décision. Malgré des tentatives répétées pour contester la validité des brevets, les juges ont toujours validé la propriété intellectuelle de Nintendo. Même les instances européennes se sont rangées à leur avis.

Une patience juridique enfin récompensée
En 2024, le même tribunal de Mannheim condamne Nacon à verser plus de 4 millions d’euros à Nintendo pour dommages et intérêts. À cela s’ajoutent les intérêts de retard, que les avocats de Nintendo estiment dus aux nombreuses manœuvres procédurales de Nacon, comme le refus de certains experts. Au total, la somme atteint presque 7 millions d’euros.
Un appel qui relance le suspense
Malgré cette décision fracassante, l’affaire n’est pas close. Nacon a décidé d’interjeter appel devant le tribunal supérieur régional de Karlsruhe. Cette nouvelle étape pourrait à nouveau retarder la fin du conflit. En attendant, Nintendo savoure une victoire juridique symbolique mais fragile.
Le conflit des brevets dans le monde du jeu vidéo
Cette affaire illustre à quel point les brevets sont devenus un terrain de guerre économique. Dans l’industrie vidéoludique, la moindre innovation – capteur, design, technologie de mouvement – devient un enjeu stratégique. De nombreux procès similaires ont eu lieu entre constructeurs et fabricants tiers au fil des ans, souvent dans l’ombre.
Nacon, un acteur en mutation
Depuis le début de l’affaire, BigBen est devenu Nacon, une marque plus ambitieuse, présente sur de nombreux marchés européens. Cette décision judiciaire tombe mal alors que l’entreprise tente de se repositionner comme acteur incontournable du gaming haut de gamme. Sa réputation, déjà fragilisée, pourrait souffrir d’un tel revers.
Un précédent pour d’autres contentieux européens
Cette victoire de Nintendo pourrait donner des idées à d’autres géants japonais ou américains, souvent frileux à l’idée d’engager des actions juridiques à long terme en Europe. Elle montre que même après 15 ans, la ténacité juridique peut porter ses fruits… au prix d’une stratégie bien ficelée.
| Événement | Date | Lieu |
| Dépôt initial de plainte par Nintendo | 2010 | Allemagne |
| Première victoire à Mannheim | 2011 | Tribunal régional |
| Confirmation par Karlsruhe | 2017 | Allemagne |
| Soutien des instances européennes | 2017-2018 | Europe |
| Jugement final et indemnisation | 2024 | Tribunal Mannheim |
| Appel de Nacon | 2025 | Karlsruhe |
Source : Bardehle
