Derrière les couleurs éclatantes et les nouvelles transformations, une réalité amère persiste : Dragon Ball Super a altéré ce qui faisait battre le cœur de la saga. Même une suite prestigieuse ne pourra effacer les choix qui ont affaibli l’œuvre.
Tout semblait pourtant réuni pour un retour en fanfare. Une décennie d’attente, des millions de fans nostalgiques, un univers riche prêt à s’étoffer… Mais Dragon Ball Super n’a pas su transformer l’essai. Ce qui devait redonner vie à l’univers de Goku a laissé un goût d’inachevé, parfois même de trahison. Problèmes visuels, combats sans tension, logique de puissance incohérente, personnages caricaturaux : les failles sont nombreuses. Et elles continuent de hanter la licence.
Des attentes déçues dès les premiers épisodes
Dès sa diffusion en 2015, la série portait le poids d’une attente titanesque. Dix-huit ans après Dragon Ball Z, la communauté mondiale espérait un retour glorieux. Mais très vite, un constat s’impose : l’animation est irrégulière, parfois même bâclée. Des séquences majeures, comme l’affrontement entre Goku en Super Saiyan God et Beerus, souffrent de visuels tremblotants et de dessins mal finalisés. L’effet est désastreux, surtout pour une franchise de cette envergure.
Tableau : Dates de diffusion des premiers arcs et retours spectateurs
| Arc narratif | Dates de diffusion | Réception des fans |
| Bataille des Dieux | Juillet – Octobre 2015 | Fortes critiques visuelles |
| Résurrection de Freezer | Octobre – Novembre 2015 | Animation encore fragile |
| Tournoi de l’Univers 6 | Février – Juin 2016 | Amélioration timide |
L’équipe de production semble avoir lancé la série trop tôt, sans marge de manœuvre. Et les erreurs de démarrage laisseront une empreinte durable.
Des combats vidés de leur intensité dramatique
Là où Dragon Ball Z brillait par l’urgence vitale de ses affrontements, Dragon Ball Super donne parfois l’impression d’un tournoi amical entre copains. Chaque bataille semble détachée des enjeux, comme si l’univers entier n’était plus en péril. Dans Z, chaque combat impliquait la survie d’un monde, voire d’une galaxie. Dans Super, c’est souvent une question d’ego, de fierté ou d’entraînement. Seul l’arc Zamasu retrouve une once de gravité, mais dans une timeline alternative qui n’impacte pas directement les héros principaux. Cette déconnexion émotionnelle diminue la tension narrative. Le spectateur ne tremble plus, car il sait que tout peut être annulé par une Dragon Ball bien placée.
Une hiérarchie de puissance incompréhensible
L’un des piliers du shōnen, c’est le powerscaling, cette logique de progression où chaque personnage monte en puissance de manière cohérente. Dragon Ball Super a pulvérisé cette structure avec l’introduction du Ki Divin. Pourquoi seuls Goku et Vegeta accèdent à ces formes divines ? Goten et Trunks, pourtant issus de lignées puissantes, sont mis de côté. Même Piccolo, pourtant stratégique, est remplacé dans des tournois par Tortue Géniale ou Tenshinhan.
Freezer, de son côté, devient l’incarnation de l’absurde : en quatre mois d’entraînement, il atteint un niveau égal à celui de Goku Blue. Sans explication rationnelle.
Liste des incohérences de puissance les plus controversées :
- Freezer Golden vs Super Saiyan Blue
- Tortue Géniale surpassant Gohan sur certains plans
- Kale surpassant presque Goku Ultra Instinct
- Goku incapable de distinguer Vegeta d’une copie dans un arc filler
Résultat : une perte totale de repères, et une frustration croissante chez les fans de logique.
Des personnages déformés jusqu’à l’absurde
Dragon Ball Z avait ses exagérations, mais les personnages restaient fidèles à eux-mêmes. Super, en revanche, pousse certains traits jusqu’à la parodie. Goku devient une caricature d’imbécile heureux, incapable de comprendre ce qu’est un baiser ou de se rendre compte qu’un ange veille sur lui. Trunks du futur, jadis symbole de sérieux et de détermination, accepte sans broncher la destruction de son propre monde. Avec Mai, il part s’installer dans une autre timeline, en cohabitation avec une version alternative d’eux-mêmes. Le non-sens narratif atteint son comble. Même Vegeta, l’orgueilleux prince des Saiyans, se ridiculise dans une scène de « bingo dance » qu’aucun fan de la première heure n’a pu digérer.
Un humour qui sabote l’émotion
Le ton de Super alterne constamment entre dérision maladroite et tentatives de tension dramatique. Résultat : chaque arc donne l’impression d’un grand écart émotionnel mal dosé. Là où Z savait intégrer l’humour au bon moment (souvent grâce à Krilin ou Mr. Satan), Super force la blague, même dans les moments de gravité. Whis, Beerus, voire Zeno, deviennent les éléments comiques d’un récit qui tente pourtant de parler de la destruction des univers. Et cela casse l’immersion. Même le fameux Tournoi du Pouvoir, censé être une bataille ultime pour la survie, est ponctué de gags récurrents. Cette dilution de la tension par le second degré constant empêche toute attache émotionnelle forte. Une erreur stratégique à long terme.
Une structure trop mécanique et sans âme
Chaque arc semble répondre à une formule prévisible : un nouvel ennemi arrive, Goku s’entraîne, tout le monde panique, Goku débloque une nouvelle transformation, victoire. Ce schéma lassant transforme le visionnage en exercice de routine. La série oublie la progression lente, l’entraînement dur, les blessures et les échecs qui faisaient le charme de Z. Même l’Ultra Instinct, censé être le summum de la maîtrise, arrive comme un power-up de plus, sans vraie douleur ni conséquence. Le sentiment de « monde vivant » a disparu. Plus de tensions géopolitiques entre royaumes, plus de lien avec la Terre ou les planètes satellites. On passe d’un univers à un autre comme dans un jeu vidéo sans map cohérente.
Un retour qui ne réglera rien
Beaucoup espèrent une suite animée à Dragon Ball Super, mais il faut être lucide : le problème n’est pas l’absence d’épisodes, c’est la nature même de la série. Tant que les choix scénaristiques, le traitement des personnages et la logique de puissance ne seront pas repensés, un nouveau projet risquera de creuser encore plus profondément la fracture avec les fans historiques. Toei Animation, malgré ses moyens colossaux, doit désormais faire face à un public plus critique, plus âgé, et surtout plus exigeant. L’effet nostalgie ne suffit plus à faire passer la pilule.
Tableau : Chronologie de Dragon Ball à l’écran
| Titre | Années de diffusion | Nombre d’épisodes |
| Dragon Ball | 1986 – 1989 | 153 |
| Dragon Ball Z | 1989 – 1996 | 291 |
| Dragon Ball GT | 1996 – 1997 | 64 |
| Dragon Ball Super | 2015 – 2018 | 131 |
| Super Hero (film) | 2022 | Long-métrage |
